LIBERIA: Une vingtaine de candidats pour remplacer Ellen Johnson Sirleaf

Les électeurs libériens doivent choisir ce mardi 10 octobre qui des vingt candidats à l'élection présidentielle succédera à Ellen Johnson Sirleaf. Deux tours seront sans doute nécessaires pour élire le nouveau chef de l’Etat. C’est un rendez-vous historique qui verra pour la première fois depuis le début de la guerre civile le pouvoir se transmettre démocratiquement à Monrovia d’un président élu à un autre.
Quelque 2,2 millions de Libériens en âge de voter sur une population totale de 4,6 millions sont appelés aux urnes ce mardi 10 octobre. Ils éliront leurs députés et leur nouveau président (ou leur nouvelle présidente) qui prendra la succession d’Ellen Johnson Sirleaf à Executive Mansion, le palais présidentiel de Monrovia. De l’aveu de tous, au terme de deux mandats successifs de six ans, la présidente sortante laisse un pays pacifié, qui renaît de ses cendres après quatorze années de guerre civile sanglante et meurtrière.
Organisé pour la première fois par les autorités libériennes sans aucune aide des Nations unies, ce scrutin s’annonce comme un véritable test pour la démocratie dans ce pays où 60 % de la population vit encore sous le seuil de la pauvreté et où, faute d’un processus de vérité et de réconciliation digne de ce nom, les anciens chefs de guerre qui ont fait régner la terreur entre 1989 et 2003 tiennent encore des positions de pouvoir.
L’un d’eux, pas le moindre, le Prince Johnson, qui s’était fait filmer en 1990 en train de siroter de la bière pendant que ses miliciens torturaient à mort devant lui le président déchu Samuel Doe, est lui-même candidat à l’élection présidentielle. Il ne fait pas partie des favoris. Quant à l’autre chef de guerre, Charles Taylor, qui est en train de purger en Angleterre une peine de prison incompressible de 50 ans pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, il est intervenu par téléphone pendant la campagne électorale. Il a appelé ses partisans à soutenir son ex-épouse qui se présente à la vice-présidence dans un ticket avec George Weah, l’un des favoris pour la succession d’Ellen Johnson Sirleaf.
Ce 10 octobre, les Libériens auront le choix entre 20 impétrants autorisés par la National Elections Commission (NEC) – la commission électorale libérienne – à concourir au scrutin présidentiel. Les spécialistes estiment que 20 candidats, c’est beaucoup comparé aux normes régionales (ils étaient 7 à la dernière présidentielle au Ghana, 11 au Nigeria, 9 en Sierra Leone, 10 en Côte d’Ivoire…). Traditionnellement, les petits candidats libériens monnaient leur soutien au second tour contre des portefeuilles ministériels ou contre des compensations sonnantes et trébuchantes. Conscients de la pratique, les organisateurs des débats présidentiels n’invitent que les favoris pour venir présenter leurs programmes de gouvernement.
Les principaux candidats en vue et les autres
Cette année, l’élection présidentielle devrait se jouer entre cinq candidats les plus en vue. Ils sont issus autant de la classe politique que de la société civile.
Joseph Nyumah Boakai : Candidat du parti au pouvoir, Boakai est, à 72 ans, un vétéran de la politique libérienne. Il a été ministre de l’Agriculture dans les années1980, avant d’accéder à la vice-présidence en 2006 sous l’étiquette de l’Unity Party (parti de l’Unité) d’Ellen Johnson Sirleaf. Considéré incorruptible, il n’a pas été trop éclaboussé par les scandales à répétition qui ont entaché la réputation de la présidente sortante, prix Nobel de la paix, mais il pâtit de la désillusion du petit peuple qui a vu le chômage et la pauvreté s’aggraver pendant les dernières années et aspire au changement.
Sans grand charisme et surnommé « sleepy Joe » à cause de sa tendance à s’endormir pendant les cérémonies officielles, le vice-président tente de reprendre le dessus en donnant de l’espoir. D’où son slogan de campagne : « Our ma spoil it, our pa will fix it » (« notre maman a tout bâclé, notre papa va remettre de l’ordre »). Cette référence à la crise de gouvernance que le pays a connue sous son administration irrite la présidente sortante, qui ne serait plus en bons termes avec son vice-président. Elle n’a pas assisté au lancement de sa campagne. Son appel récent pour un « changement générationnel » parmi la classe politique libérienne a été interprété comme le signe de sa désolidarisation avec le candidat de son parti.
Charles Brumskine : A 66 ans, Charles Brumskine du Liberty Party (Parti de la liberté) est lui aussi un poids lourd de la vie politique libérienne. Juriste de formation, l’homme a été président du Sénat sous le régime de Charles Taylor. Candidat à la présidence en 2011, il était arrivé troisième avec 14 % des voix. Lors des débats présidentiels qui ont ponctué la campagne, Brumskine a mis l’accent sur la refonte de la politique de l’éducation et a appelé l’opposition à s’allier dans une perspective de changement radical par rapport à l’héritage de l’administration sortante. Malgré son opposition déterminée à la politique d’Ellen Johnson Sirleaf, celle-ci serait, selon de nombreuses sources, son candidat préféré à sa succession.
Alexander Cummings : Cet ancien patron de Coca-Cola en Afrique, 61 ans, est le candidat du parti Alternative National Congress (Congrès national alternatif). Formé dans les meilleures universités américaines, l’homme a fait une campagne à l’américaine, parcourant avec son épouse les 17 districts électoraux que compte le Liberia. Dans ses meetings bondés, il a fait l’apologie d’une économie de libre marché comme le meilleur système pour créer des emplois et réduire la pauvreté. Il veut aussi faire appel aux investissements étrangers pour construire les infrastructures dont le pays a besoin tant en matière de santé, de transport et de communication.
Candidat au scrutin présidentiel de 2017 pour le compte du All Liberian Party (Parti de tous les Libériens), Urey a été autrefois proche conseiller de Charles Taylor et fut poursuivi par la justice pour avoir servi d’intermédiaire entre le chef de guerre et des trafiquants d’armes.
George Weah : A 51 ans, cette ancienne star du football et le seul Africain à avoir remporté le Ballon d’or, est sans doute, le candidat le plus en vue du scrutin présidentiel libérien 2017. Immensément populaire dans son pays, Weah avait été battu par Ellen Johnson Sirleaf lorsqu’il s’était présenté pour la première fois en 2005. En 2011, il s’est retrouvé de nouveau sur le ticket perdant face au duo Sirleaf-Boakai.
L’homme est persuadé que la troisième fois sera la bonne, d’autant qu’il a remporté avec 78 % des voix une élection sénatoriale importante en 2014 contre le fils de la présidente Sirleaf. Pour la présidentielle, il a fait campagne sur le thème du changement, proposant de répondre rapidement aux griefs et aux frustrations de la population victime de la crise économique qui n’a cessé de s’aggraver au cours des dernières années, alors qu’éclataient des scandales de corruption et de népotisme impliquant les poches de la présidente. Le sportif devenu homme politique de premier plan n’oublie pas de rappeler ses origines modestes ni son appartenance aux natifs du pays, historiquement dominés par l’élite formée des descendants d’esclaves afro-américains. Cette tension continue de structurer la vie politique libérienne.
Les spécialistes estiment toutefois que l’alliance formée entre le parti de Weah, le Congress for Democratic Change (Congrès pour le changement démocratique), et le National Patriotic Party (Parti national patriotique) de l’ancien président Charles Taylor, condamné pour crimes contre l’humanité, est une erreur. Le ticket que le footballeur a composé avec Jewel Taylor, ex-épouse de l’ancien chef de guerre, ne risque-t-il pas de rappeler aux électeurs les terribles souvenirs de la guerre civile qu’ils croyaient avoir définitivement oubliée ?
Parmi les autres candidats à cette élection « historique », figurent un ancien mannequin converti à l’humanitaire (MacDella Cooper), un ex-chef de guerre (Prince Johnson), un ancien gouverneur de la Banque centrale libérienne (Mill Jones) et une poignée d’indépendants, tous convaincus bien sûr de remporter le scrutin.
Avec rfi.fr
Les électeurs libériens doivent choisir ce mardi 10 octobre qui des vingt candidats à l'élection présidentielle succédera à Ellen Johnson Sirleaf. Deux tours seront sans doute nécessaires pour élire le nouveau chef de l’Etat. C’est un rendez-vous historique qui verra pour la première fois depuis le début de la guerre civile le pouvoir se transmettre démocratiquement à Monrovia d’un président élu à un autre.
Quelque 2,2 millions de Libériens en âge de voter sur une population totale de 4,6 millions sont appelés aux urnes ce mardi 10 octobre. Ils éliront leurs députés et leur nouveau président (ou leur nouvelle présidente) qui prendra la succession d’Ellen Johnson Sirleaf à Executive Mansion, le palais présidentiel de Monrovia. De l’aveu de tous, au terme de deux mandats successifs de six ans, la présidente sortante laisse un pays pacifié, qui renaît de ses cendres après quatorze années de guerre civile sanglante et meurtrière.
Organisé pour la première fois par les autorités libériennes sans aucune aide des Nations unies, ce scrutin s’annonce comme un véritable test pour la démocratie dans ce pays où 60 % de la population vit encore sous le seuil de la pauvreté et où, faute d’un processus de vérité et de réconciliation digne de ce nom, les anciens chefs de guerre qui ont fait régner la terreur entre 1989 et 2003 tiennent encore des positions de pouvoir.
L’un d’eux, pas le moindre, le Prince Johnson, qui s’était fait filmer en 1990 en train de siroter de la bière pendant que ses miliciens torturaient à mort devant lui le président déchu Samuel Doe, est lui-même candidat à l’élection présidentielle. Il ne fait pas partie des favoris. Quant à l’autre chef de guerre, Charles Taylor, qui est en train de purger en Angleterre une peine de prison incompressible de 50 ans pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, il est intervenu par téléphone pendant la campagne électorale. Il a appelé ses partisans à soutenir son ex-épouse qui se présente à la vice-présidence dans un ticket avec George Weah, l’un des favoris pour la succession d’Ellen Johnson Sirleaf.
Ce 10 octobre, les Libériens auront le choix entre 20 impétrants autorisés par la National Elections Commission (NEC) – la commission électorale libérienne – à concourir au scrutin présidentiel. Les spécialistes estiment que 20 candidats, c’est beaucoup comparé aux normes régionales (ils étaient 7 à la dernière présidentielle au Ghana, 11 au Nigeria, 9 en Sierra Leone, 10 en Côte d’Ivoire…). Traditionnellement, les petits candidats libériens monnaient leur soutien au second tour contre des portefeuilles ministériels ou contre des compensations sonnantes et trébuchantes. Conscients de la pratique, les organisateurs des débats présidentiels n’invitent que les favoris pour venir présenter leurs programmes de gouvernement.
Les principaux candidats en vue et les autres
Cette année, l’élection présidentielle devrait se jouer entre cinq candidats les plus en vue. Ils sont issus autant de la classe politique que de la société civile.
Joseph Nyumah Boakai : Candidat du parti au pouvoir, Boakai est, à 72 ans, un vétéran de la politique libérienne. Il a été ministre de l’Agriculture dans les années1980, avant d’accéder à la vice-présidence en 2006 sous l’étiquette de l’Unity Party (parti de l’Unité) d’Ellen Johnson Sirleaf. Considéré incorruptible, il n’a pas été trop éclaboussé par les scandales à répétition qui ont entaché la réputation de la présidente sortante, prix Nobel de la paix, mais il pâtit de la désillusion du petit peuple qui a vu le chômage et la pauvreté s’aggraver pendant les dernières années et aspire au changement.
Sans grand charisme et surnommé « sleepy Joe » à cause de sa tendance à s’endormir pendant les cérémonies officielles, le vice-président tente de reprendre le dessus en donnant de l’espoir. D’où son slogan de campagne : « Our ma spoil it, our pa will fix it » (« notre maman a tout bâclé, notre papa va remettre de l’ordre »). Cette référence à la crise de gouvernance que le pays a connue sous son administration irrite la présidente sortante, qui ne serait plus en bons termes avec son vice-président. Elle n’a pas assisté au lancement de sa campagne. Son appel récent pour un « changement générationnel » parmi la classe politique libérienne a été interprété comme le signe de sa désolidarisation avec le candidat de son parti.
Charles Brumskine : A 66 ans, Charles Brumskine du Liberty Party (Parti de la liberté) est lui aussi un poids lourd de la vie politique libérienne. Juriste de formation, l’homme a été président du Sénat sous le régime de Charles Taylor. Candidat à la présidence en 2011, il était arrivé troisième avec 14 % des voix. Lors des débats présidentiels qui ont ponctué la campagne, Brumskine a mis l’accent sur la refonte de la politique de l’éducation et a appelé l’opposition à s’allier dans une perspective de changement radical par rapport à l’héritage de l’administration sortante. Malgré son opposition déterminée à la politique d’Ellen Johnson Sirleaf, celle-ci serait, selon de nombreuses sources, son candidat préféré à sa succession.
Alexander Cummings : Cet ancien patron de Coca-Cola en Afrique, 61 ans, est le candidat du parti Alternative National Congress (Congrès national alternatif). Formé dans les meilleures universités américaines, l’homme a fait une campagne à l’américaine, parcourant avec son épouse les 17 districts électoraux que compte le Liberia. Dans ses meetings bondés, il a fait l’apologie d’une économie de libre marché comme le meilleur système pour créer des emplois et réduire la pauvreté. Il veut aussi faire appel aux investissements étrangers pour construire les infrastructures dont le pays a besoin tant en matière de santé, de transport et de communication.
Candidat au scrutin présidentiel de 2017 pour le compte du All Liberian Party (Parti de tous les Libériens), Urey a été autrefois proche conseiller de Charles Taylor et fut poursuivi par la justice pour avoir servi d’intermédiaire entre le chef de guerre et des trafiquants d’armes.
George Weah : A 51 ans, cette ancienne star du football et le seul Africain à avoir remporté le Ballon d’or, est sans doute, le candidat le plus en vue du scrutin présidentiel libérien 2017. Immensément populaire dans son pays, Weah avait été battu par Ellen Johnson Sirleaf lorsqu’il s’était présenté pour la première fois en 2005. En 2011, il s’est retrouvé de nouveau sur le ticket perdant face au duo Sirleaf-Boakai.
L’homme est persuadé que la troisième fois sera la bonne, d’autant qu’il a remporté avec 78 % des voix une élection sénatoriale importante en 2014 contre le fils de la présidente Sirleaf. Pour la présidentielle, il a fait campagne sur le thème du changement, proposant de répondre rapidement aux griefs et aux frustrations de la population victime de la crise économique qui n’a cessé de s’aggraver au cours des dernières années, alors qu’éclataient des scandales de corruption et de népotisme impliquant les poches de la présidente. Le sportif devenu homme politique de premier plan n’oublie pas de rappeler ses origines modestes ni son appartenance aux natifs du pays, historiquement dominés par l’élite formée des descendants d’esclaves afro-américains. Cette tension continue de structurer la vie politique libérienne.
Les spécialistes estiment toutefois que l’alliance formée entre le parti de Weah, le Congress for Democratic Change (Congrès pour le changement démocratique), et le National Patriotic Party (Parti national patriotique) de l’ancien président Charles Taylor, condamné pour crimes contre l’humanité, est une erreur. Le ticket que le footballeur a composé avec Jewel Taylor, ex-épouse de l’ancien chef de guerre, ne risque-t-il pas de rappeler aux électeurs les terribles souvenirs de la guerre civile qu’ils croyaient avoir définitivement oubliée ?
Parmi les autres candidats à cette élection « historique », figurent un ancien mannequin converti à l’humanitaire (MacDella Cooper), un ex-chef de guerre (Prince Johnson), un ancien gouverneur de la Banque centrale libérienne (Mill Jones) et une poignée d’indépendants, tous convaincus bien sûr de remporter le scrutin.
Avec rfi.fr

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